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La méditation promeut une médecine de l’être

Extrait publié dans le livre

La santé et la médecine — Le Monde

Dans les sociétés occidentales, la pratique a le vent en poupe et sort de l’exercice purement spirituel. Antistress, la méditation éveille l’intérêt des chercheurs, et ses bienfaits sur la santé ne cessent d’étonner.

La méditation promeut une médecine de l’être

Marcher en pleine conscience est une façon de méditer. Une pratique que l’on peut découvrir à la Maison de l’Inspir (Seine-Saint-Denis). Le but est de goûter l’instant présent, d’être attentif à chacun de ses pas, à chaque respiration, et non d’arriver quelque part.

JEAN-GÉRARD BLOCH
Rhumatologue, responsable du diplôme universitaire Médecine, méditation et neurosciences à l’université de Strasbourg.

Les hommes méditent depuis des millénaires, dans différentes traditions. Les formes orientales de méditation ont récemment fait irruption en Occident. Dans ces traditions, raffinées dans une continuité vivante jusqu’à aujourd’hui, la méditation correspond à un champ de connaissances qui a construit une théorie de la nature et du fonctionnement
de l’esprit, du corps et des phénomènes, issue d’explorations intérieures systématiques. La méditation consiste à développer certaines de nos aptitudes mentales au même titre que lire, écrire, calculer, jouer d’un instrument ou composer de la musique. À condition de s’y initier et de s’entraîner, nous pouvons tous la mettre en pratique dans notre vie quotidienne, où elle prend tout son sens. Elle concerne des aspects universels de notre potentiel d’être humain, sans système de croyance.

Les apports scientifiques et technologiques des 30 dernières années ont permis de réaliser des expériences d’imagerie cérébrale et de neurosciences. Celles-ci objectivent, qualifient et quantifient le domaine jusque-là inexplorable par une tierce personne de l’aventure intérieure, et lui confèrent ainsi un statut de réalité. Cela bouscule le principe établi en médecine de la séparation du corps et de l’esprit.

Une façon de renouer avec soi-même

Le développement de la méditation dans les sociétés occidentales doit beaucoup à Jon Kabat-Zinn. Cet Américain visionnaire a provoqué il y a près de 40 ans une véritable révolution dans le monde médical en y introduisant cette pratique avec la rigueur d’un scientifique et la sagesse d’un méditant. Il a créé en 1979 le programme Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR), un outil de réduction du stress fondé sur la pleine conscience, puis la clinique du stress à l’hôpital universitaire du Massachusetts. La pleine conscience consiste en une forme particulière d’attention, c’est une présence consciente volontaire, non jugeante et pouvant être maintenue dans la durée. Le monde moderne a démultiplié les sources de distraction et accéléré les rythmes de sollicitation de notre attention. Nos besoins naturels de continuité, de silence, d’intériorité, vitaux pour notre équilibre mental et physique, ne sont plus satisfaits. Comment faire l’expérience attentive et consciente de nos sensations corporelles, de nos pensées, de nos émotions, de notre environnement en étant pleinement présent dans l’instant alors que tout au long de la journée, plongés dans nos activités, nous ressassons dans notre esprit des moments passés ou imaginons des scénarios futurs que nous tentons de planifier en vue de les contrôler ? La méditation, comme d’autres pratiques, permet de se reconnecter avec soi-même.

Une réelle pertinence thérapeutique…

Aujourd’hui, le programme MBSR s’est développé partout : plus de 200 hôpitaux répartis dans 44 pays et plus de 700 centres le proposent. La connaissance de la physiologie du stress et sa participation au développement de nombreuses maladies (sans jamais en être la cause unique) ont confirmé la pertinence des interventions thérapeutiques basées sur la pleine conscience. Elles se sont créées à partir du programme MBSR. La principale application dérivée est le programme MBCT de thérapie cognitive. Un grand nombre d’études, en croissance exponentielle ces dernières années, s’intéressent aux effets de la méditation dans des disciplines très variées comme l’épidémiologie, la médecine et la psychiatrie, l’imagerie cérébrale, la biologie du gène et l’épigénétique (mécanismes moléculaires qui modulent l’expression du patrimoine génétique selon le contexte).

… contre la douleur et la dépression

La méditation est efficace sur la douleur avec une approche assez contre-intuitive : il s’agit de se concentrer sur elle sans chercher à l’occulter ou à l’éviter, de déployer une attention douce et bienveillante. Cela nécessite un apprentissage et un certain entraînement, en particulier lorsque l’on souffre intensément ou depuis longtemps. Des études ont permis de commencer à comprendre les mécanismes impliqués. Elles ont montré une diminution du vécu émotionnel et de l’interprétation, ce qui aboutit à un moindre ressenti désagréable. L’expérience sensorielle douloureuse mesurée est augmentée, mais elle dure moins longtemps. Il y a une nette régulation des processus d’anticipation et une meilleure « habituation ». Autre exemple : dans la dépression, une intervention reposant sur la pleine conscience combinée avec des thérapies cognitives et comportementales réduit les risques de rechute et se révèle aussi efficace que les antidépresseurs.

Les effets de différentes approches de méditation sont étudiés sur de multiples affections : la sclérose en plaques, les lombalgies, la fibromyalgie, les maladies cardiovasculaires, le virus VIH, le cancer du sein, l’obésité, les troubles gastrointestinaux, l’anxiété, la phobie sociale, le stress post-traumatique, la détresse liée aux hallucinations auditives, l’addiction au tabac ou au jeu, l’alimentation compulsive, les troubles du sommeil de l’adolescent, l’insomnie, les troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité, les troubles de type somatisation. Certains effets bénéfiques sont bien caractérisés, et d’autres méritent encore d’être confirmés.

Au-delà des changements concernant leur maladie ou leurs symptômes, les patients entretiennent grâce à la méditation un rapport nouveau avec ce qui leur arrive. La vision qu’ils ont de leur vie s’en trouve considérablement modifiée. Cela leur permet de faire face à la maladie avec plus de sagesse et de sérénité. La méditation s’inscrit ainsi dans une médecine intégrative de l’humain dans tous ses aspects du corps, de l’esprit et du coeur, en faisant une véritable médecine de l’être.

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